Qu'est-ce que le Fonds des accidents médicaux ?

Le Fonds des accidents médicaux (FAM) est un organisme public belge institué par la loi du 31 mars 2010 relative à l'indemnisation des dommages résultant de soins de santé. Depuis 2016, il est intégré au sein de l'INAMI (Institut national d'assurance maladie-invalidité) en tant que service distinct.

Le FAM remplit deux missions principales :

  • Qualifier le sinistre à la demande de la victime : faute du prestataire de soins, ou accident médical sans responsabilité.
  • Indemniser directement la victime lorsqu'il s'agit d'un accident médical sans responsabilité et que le seuil de gravité prévu par la loi est atteint.

Le FAM a été conçu pour combler un vide : avant 2010, les victimes de complications graves sans faute identifiable du praticien (l'aléa thérapeutique) n'avaient aucune voie d'indemnisation en Belgique. Le Fonds établit un mécanisme de solidarité pour ces situations particulières.

Les seuils de gravité de la loi du 31 mars 2010

Pour qu'un accident médical sans responsabilité soit indemnisable par le FAM, il doit atteindre l'un des quatre seuils prévus par l'article 5 de la loi. Ces seuils sont alternatifs : il suffit d'en remplir un seul.

  • Invalidité permanente d'un taux égal ou supérieur à 25 %.
  • Incapacité temporaire de travail d'au moins six mois consécutifs, ou six mois non consécutifs sur une période de douze mois.
  • Troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans les conditions d'existence du patient.
  • Décès du patient.

En outre, le dommage doit être anormal : il ne doit pas pouvoir s'expliquer par l'évolution prévisible de la maladie ou de l'état du patient, et ne doit pas résulter d'un risque connu et accepté de l'acte médical. Cette double condition (gravité + anormalité) explique pourquoi le seuil pratique d'admission par le FAM est exigeant.

Qui peut saisir le FAM ?

La saisine du Fonds est ouverte à :

  • la victime elle-même ;
  • ses ayants droit en cas de décès (conjoint, descendants, ascendants, partenaire …) ;
  • le représentant légal d'un mineur ou d'une personne incapable.

Limite temporelle importante : seuls les faits survenus à partir du 2 avril 2010 sont recevables. Pour les faits antérieurs, seules la voie amiable ou la voie judiciaire restent ouvertes.

La prescription de l'action devant le FAM est en principe alignée sur celle de la responsabilité civile. Repère utile : moins de 5 ans depuis le dommage = en principe dans les temps. Faites toujours vérifier votre situation par un avocat avant de renoncer.

Comment se déroule la procédure ?

La procédure devant le FAM se déroule en plusieurs étapes successives. Elle est gratuite pour la victime (l'instruction et l'expertise sont prises en charge par le Fonds).

1. Introduction de la demande

La demande s'introduit auprès du Fonds via un formulaire dédié (disponible sur le site de l'INAMI), accompagné des documents médicaux pertinents (dossier médical complet, rapports, certificats, factures). La victime peut, dès ce stade, se faire assister par un avocat ou un médecin-conseil — ce qui est généralement recommandé pour un dossier complexe.

2. Examen de recevabilité

Le FAM examine si la demande est recevable : date des faits (après le 2 avril 2010), identité du prestataire, gravité apparente du dommage. À l'issue, le Fonds confirme l'ouverture du dossier ou le déclare irrecevable.

3. Instruction médicale

Le Fonds désigne un ou plusieurs experts médicaux indépendants chargés d'examiner le dossier, d'entendre la victime et le prestataire, et de rendre un avis sur trois questions :

  • Y a-t-il eu une faute du prestataire de soins ?
  • À défaut de faute, s'agit-il d'un accident médical sans responsabilité répondant aux conditions de la loi (gravité + anormalité) ?
  • Quel est le préjudice corporel exact subi par la victime ?

L'expertise est contradictoire : toutes les parties (victime, prestataire, assureur, FAM) peuvent y participer et formuler leurs observations.

4. Avis du Fonds

Sur la base de l'expertise, le Fonds rend un avis motivé qui qualifie juridiquement le sinistre :

  • Faute du prestataire : le Fonds invite l'assureur en responsabilité civile professionnelle du prestataire à proposer une indemnisation à la victime. En cas de refus ou d'offre insuffisante, la victime peut saisir le tribunal civil ; le Fonds peut alors intervenir et se substituer à l'assureur défaillant.
  • Accident médical sans responsabilité (seuil atteint) : le Fonds indemnise lui-même la victime sur les budgets de l'INAMI.
  • Pas de faute / seuil non atteint : le Fonds rejette la demande. La victime peut toujours engager une procédure civile classique si elle estime qu'une faute existe.

Combien de temps prend la procédure ?

Une procédure devant le FAM dure aujourd'hui en moyenne entre 12 et 18 mois, entre l'introduction de la demande et la notification de l'avis. La durée varie selon la complexité du dossier, la nécessité de plusieurs expertises et la charge du Fonds.

À noter : pendant cette période, la prescription de l'action judiciaire civile est suspendue. La victime ne perd donc pas son droit d'agir au civil si elle saisit d'abord le FAM.

Quelle indemnisation espérer ?

L'indemnisation accordée par le FAM (ou par l'assureur du prestataire après avis du Fonds) est calculée poste par poste, comme dans une procédure civile classique. Elle couvre notamment :

  • les frais médicaux et de soins supplémentaires ;
  • l'incapacité temporaire et permanente de travail ;
  • la perte de revenus professionnels ;
  • le pretium doloris (souffrances physiques et morales) ;
  • le préjudice esthétique ;
  • le préjudice d'agrément ;
  • le préjudice moral des proches en cas de décès.

Le montant final dépend du rapport d'expertise et de l'application des barèmes d'indemnisation du dommage corporel en vigueur en Belgique. Il n'existe pas de plafond légal — l'indemnisation vise la réparation intégrale.

Avantages et limites de la voie FAM

Avantages

  • Gratuite pour la victime (pas de frais d'expertise à avancer).
  • Procédure plus accessible qu'un procès civil : pas d'huissier, pas de citation, formulaire administratif.
  • Permet l'indemnisation des accidents médicaux sans faute, ce qu'aucune autre voie ne permet en Belgique.
  • Le Fonds instruit lui-même le dossier : la victime n'a pas à prouver d'emblée la faute du prestataire.
  • Suspend la prescription de l'action civile.

Limites

  • L'avis ne lie pas le juge : si l'assureur conteste, il faudra ensuite saisir le tribunal.
  • Les seuils de gravité sont stricts et difficiles à atteindre en pratique.
  • Le budget du Fonds est limité, ce qui peut allonger les délais et restreindre l'indemnisation des cas les plus médiatisés.
  • Durée moyenne 12-18 mois, parfois davantage pour les dossiers complexes.

Le conseil de Me Ludovic De Block : le FAM est particulièrement adapté lorsque la victime estime que l'accident n'est pas dû à une faute mais que les conséquences sont graves (seuil atteint), ou lorsqu'elle veut faire qualifier officiellement le sinistre avant d'engager une procédure civile. Pour les dossiers où la faute est manifeste et l'assureur réticent, la voie civile reste souvent plus efficace. Une évaluation gratuite permet de choisir la meilleure stratégie.

Faut-il un avocat pour saisir le FAM ?

L'assistance d'un avocat n'est pas légalement obligatoire pour saisir le FAM, mais elle est fortement recommandée dans la pratique. Trois raisons concrètes :

  • le dossier doit être solidement documenté dès l'introduction (dossier médical complet, chronologie précise, rapports) — un avocat sait quoi rassembler et comment le présenter ;
  • l'expertise est contradictoire et technique : la présence d'un médecin-conseil et d'un avocat permet de défendre activement les intérêts de la victime ;
  • en cas d'avis défavorable ou d'offre insuffisante de l'assureur, la suite judiciaire doit être préparée dès le départ.

Si vous disposez d'une assurance protection juridique, elle peut, selon les conditions de votre contrat, couvrir tout ou partie des honoraires d'avocat et des frais de médecin-conseil. La loi belge garantit le libre choix de l'avocat : vous pouvez désigner Me Ludovic De Block dans votre déclaration de sinistre.

Sources officielles et références

Contenu rédigé et vérifié par Me Ludovic De Block, avocat au Barreau de Bruxelles. Information générale à jour au 6 juin 2026 ; ne remplace pas un avis juridique personnalisé.

Questions fréquentes

Les questions les plus courantes sur le Fonds des accidents médicaux en Belgique.

Qu'est-ce que le Fonds des accidents médicaux (FAM) en Belgique ?

Le Fonds des accidents médicaux est un organisme public belge institué par la loi du 31 mars 2010, intégré à l'INAMI depuis 2016. Il instruit les demandes d'indemnisation des victimes de soins de santé en Belgique : il qualifie le sinistre (faute du prestataire ou accident médical sans responsabilité) et, dans le second cas, peut indemniser lui-même la victime lorsque le seuil de gravité est atteint.

Quels sont les seuils de gravité pour saisir le FAM ?

Le dommage doit être suffisamment grave et anormal. Le seuil est atteint si l'une des quatre conditions suivantes (alternatives) est remplie : invalidité permanente d'au moins 25 %, incapacité temporaire de travail d'au moins 6 mois consécutifs ou 6 mois sur 12, troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence (y compris d'ordre économique), ou décès du patient.

La procédure devant le FAM est-elle gratuite ?

Oui, la saisine et l'instruction par le Fonds sont gratuites pour la victime (l'expertise est financée par le FAM). Restent éventuellement à votre charge les frais d'un médecin-conseil personnel et les honoraires d'un avocat — qui peuvent être pris en charge par une assurance protection juridique.

Combien de temps prend une procédure FAM ?

En moyenne, entre 12 et 18 mois entre l'introduction de la demande et la notification de l'avis du Fonds. La durée varie selon la complexité du dossier et la nécessité d'expertises complémentaires.

L'avis du FAM lie-t-il le juge ?

Non. L'avis du Fonds est indicatif et n'a pas force contraignante pour le juge. Si l'assureur du prestataire conteste l'avis, la victime doit saisir le tribunal civil pour faire reconnaître la responsabilité et obtenir une indemnisation.

Quels faits peuvent être soumis au FAM ?

Seuls les faits survenus après le 2 avril 2010 sont recevables. Pour les faits antérieurs, seules la voie amiable et la voie judiciaire civile/pénale restent ouvertes.

Peut-on saisir le FAM et le tribunal en même temps ?

La pratique habituelle est de saisir d'abord le FAM (procédure gratuite et instructive) puis, en cas d'avis défavorable ou de contestation par l'assureur, le tribunal civil. La saisine du FAM suspend la prescription de l'action civile, ce qui préserve les droits de la victime.

Vous pensez relever d'une procédure FAM ?

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