Qu'est-ce qu'une faute chirurgicale ?

Une faute chirurgicale est une erreur technique commise par un chirurgien lors d'une intervention qui ne correspond pas aux standards de la pratique médicale normale. Elle se distingue fondamentalement de l'aléa thérapeutique, qui désigne les complications inhérentes à tout acte chirurgical, prévisibles et inhérentes à l'état de la science médicale.

Le droit belge — droit commun de la responsabilité civile (art. 6.5 du Code civil, anciennement art. 1382 ; Livre 6 entré en vigueur le 1er janvier 2025) ou responsabilité contractuelle, et Loi du 22 août 2002 relative aux droits du patient — exige que le chirurgien applique les règles de l'art : techniques reconnues, matériel approprié, protocoles de sécurité rigoureux.

L'obligation du chirurgien est une obligation de moyens renforcée pour les actes techniques : il doit respecter scrupuleusement les règles de l'art chirurgical en vigueur.

Exemples concrets de fautes chirurgicales

L'erreur de latéralité

Opérer le mauvais côté est considéré comme une faute chirurgicale grave et inexcusable en droit belge. L'opération du mauvais genou, de la mauvaise main ou du mauvais oeil constitue une erreur que les protocoles de vérification chirurgicale — désormais obligatoires — sont censés prévenir.

La lésion d'organe ou de nerf

Lors d'interventions abdominales, la perforation involontaire d'un organe voisin (intestin, uretère, vessel vasculaire) peut résulter d'une faute technique. Si le chirurgien normalement prudent n'aurait pas causé cette lésion, la responsabilité est engagée. Une lésion du nerf facial lors d'une chirurgie parotidienne en est un exemple.

L'oubli de matériel chirurgical

L'oubli d'une compresse, d'un instrument ou d'un drain à l'intérieur du patient est une faute caractérisée (le corpus alienum). Les protocoles de comptage pré- et post-opératoire existent précisément pour l'éviter.

La prothèse mal positionnée

Une prothèse de hanche, de genou ou une valve cardiaque mal posée, entraînant une reprise chirurgicale, des douleurs chroniques ou une limitation fonctionnelle permanente, peut constituer une faute technique si elle résulte d'une mauvaise technique opératoire.

Faute chirurgicale vs aléa thérapeutique : la distinction juridique

Cette distinction est au coeur du droit médical belge. La Loi du 31 mars 2010 instituant le Fonds des Accidents Médicaux (FAM) a précisé ce cadre : l'aléa thérapeutique est un accident médical grave qui n'est pas imputable à une faute et qui dépasse de manière significative les conséquences normalement prévisibles de l'acte.

En pratique :

  • Faute chirurgicale : engage la responsabilité civile du chirurgien et/ou de l'hôpital — indemnisation par leur assureur
  • Aléa thérapeutique grave : indemnisé par le FAM sous conditions (dommage anormal, grave, dépassant le seuil légal)

L'expertise médicale judiciaire est souvent nécessaire pour trancher cette question.

Comment prouver la faute du chirurgien

La preuve de la faute chirurgicale repose sur :

  • Le protocole opératoire : document détaillant le déroulement de l'intervention, les techniques utilisées, les incidents survenus
  • Le dossier d'anesthésie et les relevés de monitoring peropératoire
  • Les imageries postopératoires (scanner, IRM) révélant une anomalie
  • L'avis d'un chirurgien expert indépendant, qui compare la technique utilisée aux standards de la spécialité
  • La littérature chirurgicale (guidelines, recommandations de sociétés savantes)

La demande du dossier médical complet est un premier pas essentiel, que vous pouvez effectuer directement ou via un avocat.

Indemnisation et procédures

Trois voies s'offrent à la victime d'une faute chirurgicale :

  1. Voie amiable : mise en demeure du chirurgien et/ou de l'hôpital via leur assureur respectif. Solution souvent plus rapide.
  2. FAM : procédure gratuite, particulièrement adaptée lorsque la frontière faute/aléa est incertaine. Le Fonds peut indemniser même si la faute n'est pas prouvée, sous conditions.
  3. Action judiciaire : sur base de la responsabilité civile (art. 6.5 du Code civil, anciennement art. 1382) ou contractuelle, devant le tribunal de première instance. Recommandée pour les préjudices importants avec faute manifeste.

Les postes d'indemnisation incluent : frais de reprise chirurgicale, incapacité temporaire et permanente, perte de revenus, préjudice esthétique, pretium doloris, frais de rééducation.

Sources officielles et références

Contenu rédigé et vérifié par Me Ludovic De Block, avocat au Barreau de Bruxelles. Information générale à jour au 27 mai 2026 ; ne remplace pas un avis juridique personnalisé.

Questions fréquentes

Les questions que se posent les victimes de fautes chirurgicales.

Quelle est la différence entre faute chirurgicale et aléa thérapeutique ?

La faute chirurgicale est un acte qu'un chirurgien normalement compétent n'aurait pas commis dans les mêmes circonstances. L'aléa thérapeutique est un dommage survenu sans faute, inhérent à l'acte médical lui-même. La distinction est posée par le tribunal ou le FAM sur la base d'une expertise médicale. Le consentement éclairé signé par le patient ne couvre que l'aléa, pas les fautes techniques.

Qui paie l'indemnisation en cas de faute chirurgicale ?

L'indemnisation est prise en charge par l'assureur en responsabilité civile professionnelle du chirurgien et/ou par l'assureur de l'hôpital si la faute est liée à l'organisation de l'établissement. En cas d'intervention du FAM, c'est le Fonds qui indemnise la victime directement, puis se retourne contre le responsable. Plusieurs responsables peuvent être impliqués simultanément.

Combien de temps dure une procédure pour faute chirurgicale ?

Les durées dépendent fortement du dossier et de la voie choisie. À titre indicatif, la voie amiable est souvent la plus rapide. La procédure devant le FAM est gratuite ; selon les dernières données de l'INAMI, 80 % des dossiers introduits en 2023 ont reçu un avis en moins de 13 mois, mais des dossiers complexes peuvent prendre davantage de temps. Une action judiciaire devant le tribunal peut prendre plusieurs années, notamment lorsqu'une expertise judiciaire est ordonnée. Nous vous conseillons sur la voie la plus adaptée à votre situation.

Peut-on agir si on a signé un formulaire de consentement éclairé ?

Oui, absolument. Le consentement éclairé (imposé par la Loi du 22 août 2002) ne couvre que les risques prévisibles et inhérents à l'acte médical (aléa thérapeutique). Il ne couvre en aucun cas les fautes techniques du chirurgien. Signer un formulaire de consentement ne prive pas la victime de son droit à indemnisation en cas de faute avérée. Un chirurgien ne peut pas se prémunir contre sa propre négligence par un formulaire.

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