Qu'est-ce qu'une infection nosocomiale ?

Une infection nosocomiale (ou infection associée aux soins) est une infection contractée dans un établissement de santé qui n'était pas présente ni en incubation au moment de l'admission du patient. Selon la définition de l'OMS, elle se manifeste généralement 48 heures ou plus après l'admission hospitalière, ou dans les 30 jours suivant une intervention chirurgicale.

En droit belge, l'infection nosocomiale bénéficie d'un régime juridique particulier, favorable aux victimes, notamment grâce à la Loi du 31 mars 2010 instituant le Fonds des Accidents Médicaux (FAM).

L'hôpital a une obligation contractuelle de sécurité envers ses patients. Un manquement aux protocoles d'hygiène engage sa responsabilité, indépendamment de la responsabilité individuelle du médecin.

Types d'infections nosocomiales

L'infection du site opératoire (ISO)

C'est l'une des plus fréquentes : elle survient dans les 30 jours suivant une intervention chirurgicale (ou dans l'année si une prothèse a été posée). Elle se manifeste par de la fièvre, une rougeur, un écoulement purulent au niveau de la plaie opératoire.

L'infection liée à un cathéter

Les cathéters veineux centraux ou périphériques peuvent introduire des bactéries dans la circulation sanguine, provoquant une bactériémie voire une septicémie. Ce type d'infection est souvent lié à un défaut de protocole d'insertion ou d'entretien du cathéter.

L'infection urinaire sur sonde

Les infections urinaires nosocomiales représentent la première cause d'infection nosocomiale. Elles sont liées à la pose d'une sonde urinaire et peuvent évoluer vers une pyélonéphrite ou une septicémie si non traitées.

La pneumonie nosocomiale

Fréquente en unité de soins intensifs, notamment chez les patients sous ventilation mécanique. Elle prolonge significativement l'hospitalisation et aggrave le pronostic.

Le MRSA (Staphylocoque doré résistant)

Le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline est un germe redoutable dont la présence en milieu hospitalier est souvent liée à un défaut de mesures d'isolement ou d'hygiène des mains. Les infections à MRSA peuvent être graves, voire mortelles.

La particularité juridique belge : l'obligation de sécurité de l'hôpital

En droit belge, l'hôpital est lié au patient par un contrat d'hospitalisation qui inclut une obligation de sécurité. Cette obligation couvre notamment la mise en place et le respect de protocoles d'hygiène, de stérilisation et de prévention des infections.

Sur base du droit commun de la responsabilité civile (art. 6.5 du Code civil, anciennement art. 1382 ; Livre 6 entré en vigueur le 1er janvier 2025) ou de la responsabilité contractuelle (contrat d'hospitalisation), et de la Loi du 22 août 2002 relative aux droits du patient, l'hôpital qui manque à ses obligations peut voir sa responsabilité engagée. La doctrine et la jurisprudence belges considèrent toutefois, en règle générale, que l'obligation de prévention des infections nosocomiales constitue une obligation de moyens (et non de résultat), sauf circonstances particulières.

Prouver l'infection nosocomiale : une preuve facilitée

La preuve d'une infection nosocomiale est facilitée par rapport à d'autres fautes médicales :

  • Les prélèvements microbiologiques permettent d'identifier le germe responsable et souvent son origine hospitalière
  • L'antibiogramme révèle les résistances caractéristiques des germes hospitaliers
  • Les rapports internes d'hygiène hospitalière peuvent documenter des insuffisances
  • La chronologie de l'infection (apparue après l'admission) est un élément de preuve central
  • Les données épidémiologiques de l'établissement peuvent être exploitées

Devant le FAM, la victime n'a pas à prouver une faute spécifique : il suffit de démontrer que l'infection est d'origine nosocomiale et que le dommage atteint les seuils légaux.

Indemnisation par le FAM : l'avantage majeur

C'est l'atout principal du régime belge pour les infections nosocomiales : la Loi du 31 mars 2010 permet au FAM d'indemniser les victimes d'infections nosocomiales graves même sans faute prouvée, à condition que le dommage soit :

  • Anormal (dépassant les risques prévisibles)
  • Suffisamment grave : incapacité permanente d'au moins 25 %, incapacité temporaire de travail de plus de 6 mois consécutifs, décès, ou préjudice économique grave
  • Survenu après le 2 avril 2010

La procédure FAM est entièrement gratuite pour la victime. Elle peut être combinée avec une action judiciaire parallèle si la faute est avérée.

Sources officielles et références

Contenu rédigé et vérifié par Me Ludovic De Block, avocat au Barreau de Bruxelles. Information générale à jour au 27 mai 2026 ; ne remplace pas un avis juridique personnalisé.

Questions fréquentes

Les questions que se posent les victimes d'infections nosocomiales.

Faut-il prouver une faute pour être indemnisé d'une infection nosocomiale ?

Non, pas nécessairement. Devant le FAM, une infection nosocomiale peut être indemnisée même sans faute prouvée, si elle constitue un accident médical grave et anormal dépassant les seuils légaux. C'est l'avantage majeur du régime belge pour ce type de préjudice. Devant le tribunal, il faudra démontrer une faute de l'hôpital dans ses obligations de sécurité et d'hygiène.

Le FAM indemnise-t-il les infections nosocomiales ?

Oui. Le FAM, institué par la Loi du 31 mars 2010, peut indemniser les infections nosocomiales graves même en l'absence de faute prouvée, dès lors que le dommage est anormal et dépasse un seuil légal : incapacité permanente d'au moins 25 %, incapacité temporaire de travail de plus de 6 mois consécutifs, décès, ou préjudice économique grave. La procédure est entièrement gratuite pour la victime.

Quel est le taux d'infections nosocomiales en Belgique ?

Selon l'étude de prévalence ponctuelle de Sciensano (2022), environ 9,2 % des patients hospitalisés en Belgique en hôpital aigu présentaient une ou plusieurs infections liées aux soins (8,5 % hors établissements de soins de longue durée), contre 7,3 % en 2017. Les infections les plus fréquentes sont les pneumonies, les infections urinaires et les infections du site opératoire.

Puis-je agir contre l'hôpital directement pour une infection nosocomiale ?

Oui. L'hôpital est lié au patient par un contrat d'hospitalisation et est tenu, dans ce cadre, à une obligation de sécurité analysée en règle générale comme une obligation de moyens. Si des manquements aux protocoles d'hygiène, de stérilisation ou d'isolement ont contribué à l'infection, sa responsabilité contractuelle — ou, le cas échéant, extracontractuelle (art. 6.5 du Code civil, anciennement art. 1382) — peut être engagée. Cette action peut être menée en parallèle de la procédure FAM.

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